Être directeur de laboratoire de santé animale

Pascal BOIREAU est aujourd’hui directeur du laboratoire de santé animale à l’ANSES.

« Vous vous êtes orienté dès le départ vers la recherche en infectiologie animale. Quelles en sont les raisons ? »

Tout a commencé à l’école nationale vétérinaire de Lyon où j’ai été formé par le professeur Louis Joubert. Il enseignait alors les maladies réglementées contagieuses qui correspondent peu ou prou aux dangers sanitaires de première et de deuxième catégorie actuels. Selon ses enseignements, le diagnostic de référence était toujours assuré par un seul laboratoire, celui de santé animale de Maisons Alfort (ANSES). C’est donc par lui que j’ai commencé à m’intéresser à l’infectiologie et que je me suis axé sur le Laboratoire de santé animale qui m’attirait par l’ampleur de son portefeuille de mandats de référence pour les grandes maladies animales. Aussi, la publicité dispensée par M. Santamaria pour la fonction publique m’a tout naturellement incité à suivre le cursus d’élève ISPV puisqu’il me permettait de poursuivre mes objectifs au Laboratoire de santé animale à terme. Le laboratoire de santé animale est en effet une structure dépendant directement de la DGAL permettant l’affectation des postes d’ISPV.

 

« Donc, vous avez réalisé une thèse universitaire ? »

A l’époque, il n’existait pas de Formation Continue par la Recherche ; j’ai réalisé ma thèse tout en assurant le suivi des AMM pour les vaccins et les sérums à mi-temps. Je souhaitais initialement l’effectuer au sein du Laboratoire de santé animale et j’avais naïvement proposé un sujet de master/thèse à l’université sur un agent viral émergeant. J’ai été gentiment invité à revisiter ma copie puisque le campus n’avait plus suffisamment de chercheurs reconnus par l’université pour permettre un cursus doctoral ; je devais aller ailleurs avec un sujet donné par un chercheur reconnu. C’est ainsi que je suis parti à l’INRA sur un sujet de virologie concernant un danger sanitaire de troisième catégorie (c’était l’époque où le modèle infectieux primait sur l’agent pathogène majeur considéré comme éradiqué), le coronoravirus enterique bovin.

 

« Une fois votre thèse soutenue, quelle a été l’étape suivante ? »

Fidèle à mon intention première, je suis revenu travailler au laboratoire de santé animale à Maisons-Alfort à l’issue de ma thèse en virologie. Comme nous avons été 4 ou 5 à faire cette migration « doctorale » sur le campus, l’université a reconnu nos structures respectives pour l’accueil des doctorants. C’est à cette période qu’ont émergé les premiers dossiers de biotechnologie comme celui de l’hormone de croissance bovine. Comme personne ne voulait vraiment s’occuper de l’expertise de la partie biologie moléculaire de ce dossier, je me suis proposé pour évaluer ce chapitre disposant des expériences d’expression et de clonage en système hétérologue de par mon cursus universitaire. C’est ainsi que je suis « tombé » dans l’analyse, l’évaluation des risques engendrés par les OGM. J’ai été successivement membre d’une commission AFNOR en biotechnologie puis membre de la Commission de génie biomoléculaire, membre de la commission de génie génétique, membre du CES biotechnologie de l’AFSSA et je continue actuellement comme vice-président du comité scientifique du Haut Conseil des Biotechnologies. L’expertise que j’ai progressivement développée et la suite de ma carrière au Laboratoire de santé animale m’ont ouvert d’autres portes comme, par exemple, la mission de chef de département adjoint en santé animale à l’INRA.

Je suis ainsi toujours resté dans le domaine de la santé animale que je considère comme le coeur du métier du vétérinaire.

 

« Quel a été votre apport au sein du laboratoire de Maisons Alfort ? »

Dans les années 90, la santé animale n’avait pas le vent en poupe car on considérait que les grandes maladies infectieuses animales relevaient du passé. Tout été maitrisé…en apparence. A tel point d’ailleurs que le dernier appel d’offre européen de la décennie avait supprimé le mot clé « infectiologie animale ». Nous éprouvions de grandes difficultés à trouver des financements pour des projets de recherche et développement. Le laboratoire a perdu 30% de ses effectifs et un certain nombre de mandats de référence au profit de structures de province (rage, PPC…). La vie dans un laboratoire de recherche, développement et expertise comme celle du Laboratoire de santé animale nécessite un développement permanent au risque de voir se tarir l’entrée de jeunes chercheurs, de futurs leaders porteurs des projets de demain. Pour assurer le développement du laboratoire, l’opportunité offerte par la DGER en 1998 de supporter des Unités Mixtes de Recherche (UMR) a constitué une réelle aubaine. Le concept a été poussé avec le partenaire INRA pour former la première UMR ENVA, INRA, CNEVA (devenu rapidement AFSSA). L’ensemble des tutelles ont soutenu le projet scientifique évalué favorablement dès sa création. Ce fut un excellent outil pour pénétrer des réseaux européens et internationaux. Les retombées ont été multiples et plusieurs coordinations ont ainsi été assurées avec des retombées toujours actuelles. L’expérience du management d’une collégialité très diverse est particulièrement passionnante. Une autre UMR s’est constituée en lien avec le réveil brutal de 2001 avec l’explosion de la fièvre aphteuse au Royaume Uni. Beaucoup redécouvrirent l’existence des maladies infectieuses animales, que la vaccination était utile mais que la recherche était nécessaire pour aboutir à des vaccins plus « propres ».

En définitive, les UMR ont constitué un outil précieux en regroupant des compétences d’horizons divers pour un même projet scientifique. Ce fut un très bon antidote à une décroissance menaçant le laboratoire qui avait initié l’infectiologie animale en 1901 avec Nocard et Roux. Il aurait été dommage qu’une des plus anciennes structures au monde dans ce domaine disparaissent ainsi. Les effectifs ont été maintenus et nous sommes dorénavant dans une dynamique visant à atteindre une reconnaissance de chef de file dans divers axes de recherche. En 3 ans, nous avons obtenu cinq nouveaux mandats de référence internationaux et dépassé un taux de publications internationales de 100 articles par an.

 

« Quel a été l’apport de votre formation de vétérinaire ? »

Incontestablement, la formation initiale de vétérinaire, une formation polytechnique m’a ouvert beaucoup de portes (universités, coopération internationale avec d’autres confrères, connaissance des structures en santé animale…) et m’a permis une adaptation plus facile dans des approches pluridisciplinaires (de la référence à la recherche il y a parfois un grand écart). Cette formation initiale a été potentialisée par un parcours doctoral que je recommande. Le pragmatisme soutenu par la réflexion scientifique permet d’appréhender sans grandes contraintes le changement indispensable en recherche et développement.

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