Conférence Santé publique vétérinaire à Lyon le 14 janvier 2020

Quels sont les enjeux véritables de la santé publique vétérinaire ? Comment concilier mondialisation et maîtrise des épidémies ? Comment protéger les consommateurs et le bien-être animal ? Autant de questions soulevées lors d’une grande conférence « Santé publique vétérinaire : tous concernés » organisée, en partenariat avec La tribune, le 14 janvier dernier dans les locaux du laboratoire Boehringer Ingelheim avec :
– Emmanuelle Soubeyran, directrice générale de VetAgro Sup, un établissement d’enseignement supérieur qui forme à la fois des vétérinaires, des ingénieurs agronomes et des inspecteurs de santé publique vétérinaire,
– Joël Limouzin, vice-président de la FNSEA et président du Fonds national agricole de mutualisation du risque sanitaire et environnemental (FMSE),
– Sébastien Cognat, directeur par intérim du bureau de l’OMS à Lyon,
– Laurent Lempereur, directeur du laboratoire lyonnais de l’Anses.

Depuis l’été 2018, le virus de la peste porcine africaine fait des ravages dans les élevages de porcs asiatiques, et spécialement en Chine. C’est une maladie hautement transmissible entre animaux pour laquelle on ne dispose pas de vaccins, la seule technique efficace de lutte reste l’abattage.

Selon les autorités chinoises, 1 200 000 porcs ont déjà été abattus, certaines études néerlandaises évoquent plutôt le chiffre de 200 millions de porcs. Conséquence immédiate : les cours du porc ont été multipliés par deux depuis le début de la crise même s’il est encore difficile d’évaluer l’impact de l’épizootie sur l’ensemble de la filière et sur les consommateurs – la Chine est le premier producteur/consommateur de porc.

Cette maladie non transmissible à l’homme représente une menace pour l’équilibre mondial car la viande des porcs malades n’est pas comestible. La maladie entraîne alors des risques de pénuries en matière de protéine animale.

« La mondialisation favorise la propagation des maladies. Il est important de préparer nos interventions en prenant en compte les facteurs socio-économiques de l’impact des maladies. Une personne sur cinq dans le monde est impliquée dans l’élevage, l’économie des familles est impactée par la santé vétérinaire », rappelle, par vidéoconférence, Monique Eloit, la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).

En France, les autorités restent en alerte. En effet, si l’interdiction officielle d’importer du porc chinois est facile à faire respecter, il est plus difficile de contrôler l’importation de sangliers « dans des circuits non organisés » en provenance par exemple de Pologne ou de Belgique. La collaboration du monde de la chasse est indispensable pour protéger les élevages mais il reste difficile en temps de crise, de concilier élevage en plein air et biosécurité.

De la santé animale à la santé humaine ?

Si la peste porcine africaine n’affecte pas les hommes, ce n’est pas le cas des grandes épidémies humaines marquantes, qui toutes sont issues de l’animal : l’influenza aviaire (grippe aviaire), la rage (chien), la tuberculose, Ebola, etc. Toutes représentent des risques mondiaux de santé publique.

« Le Sras (syndrome respiratoire aigu sévère) de type Coronavirus qui est apparu en Chine en 2003 a fait au moins 9000 morts et près de 100 milliards de dollars de dégâts. Notre rôle est de rechercher la source animale afin de mieux prévenir et contrôler les épidémies, la santé animale est au cœur de la santé humaine », indique Sébastien Cognat,. L’actualité nous rattrape sur ce point…

« Le vétérinaire est une sentinelle : il est le garant de la santé animale sur le territoire. Un bon maillage est essentiel pour une détection rapide des crises », rappelle Emmanuelle Soubeyran.

 « Certains pays ont fait des efforts pour se préparer et gérer les crises. Les interfaces restent un point à améliorer. La Chine a tiré les leçons du Sras. Elle communique régulièrement sur ce cas dont on commence à parler, où des gens sont morts après avoir visité un marché. Ce qui n’était pas le cas avant », abonde Sébastien Cognat.

En France, ce sont les antennes de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail qui sont chargées de ces questions.

« Nous nous appuyons sur trois piliers pour nous préparer à la gestion de crise : l’anticipation, notre capacité à animer un réseau d’experts et nos interactions régulières avec nos collègues européens et internationaux. Nous avons tout intérêt à collaborer avec la santé humaine », souligne Laurent Lempereur, directeur du laboratoire lyonnais de l’Anses.

Car Lyon est en pointe dans le domaine. Son histoire a commencé avec la création de l’Institut français de la fièvre aphteuse (IFFA), fondé par Charles Mérieux il y a 70 ans. Elle continue à s’écrire dans un large écosystème de laboratoires, d’unités de recherche, de grandes agences internationales adossées à des industriels de renom. La création récente, par 9 acteurs régionaux, du HUB international dédié à la santé publique vétérinaire en est un autre exemple.